L'épopée de la soie débute 27 siècles avant JC. Durant près de trois millénaires, les Chinois exporteront les tissus mais garderont l'exclusivité des techniques de production. Celles-ci finirent par être transmises à d'autres civilisations, grâce aux marchands notamment. La production européenne débute à la fin du Moyen-Âge et connaît son apogée au XIXème siècle lors de la première révolution industrielle. La production européenne déclinera rapidement, en raison des maladies du ver à soie et de l'essor de la production des pays asiatiques.
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Origines de la soie, Mythes fondateurs
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La soie fait partie de ces produits qui, bien que découverts et consommés depuis l'Antiquité, ont longtemps gardé leur mystère et leur pouvoir d'attraction. Ainsi la soie et les épices ont participé au développement des échanges commerciaux et culturels depuis l'Antiquité et ont donné naissance à maintes légendes.
Confucius et la tradition chinoise situent l'invention de la sériciculture au XXVIIème siècle avant JC. Un cocon de ver à soie serait tombé dans la tasse de thé de la princesse Si Ling Chi.
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En voulant retirer le cocon, la jeune princesse aurait commencé à dérouler un fil du cocon, fil qu'elle aurait alors eu l'idée de tisser.
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Après avoir observé le comportement du bombyx du mûrier, elle aurait commencé à enseigner l'art de son élevage, la sériciculture. Si Ling Chi reste connue comme déesse de la soie dans la mythologie chinoise.
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La soie aurait finalement quitté la Chine au IVème siècle av JC pour l'Inde par le biais d'une princesse promise à un prince de Khotan (Turkistan). Cette dernière, refusant de se priver de l’étoffe qu'elle adorait, aurait caché des graines dans sa chevelure, enfreignant l'interdiction impériale d'exportation de ver à soie.
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Jusqu'à Aristote (et les conquêtes d'Alexandre le Grand), les Grecs croyaient la soie d'origine végétale. Les Romains (dont Pline l'Ancien), grands amateurs de soie, pensaient savoir que les chinois récupéraient la soie sur les feuilles des arbres, ce qui peut laisser penser que les vers élevés l'étaient sous leur forme sauvage.
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Première période : la période d'exclusivité chinoise
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C'est en Chine que reste concentré l'essentiel de la production et de l'usage de la soie durant presque trois millénaires. La culture du mûrier et l'élevage des vers à soie sont l'apanage des femmes. La production sera longtemps réservée à un usage impérial (jusqu'au XVIIème siècle, les paysans n'avaient pas le droit de porter la soie). Si le commerce de soie est autorisé, les Chinois préservent le secret de la production, aussi l'exportation de ce secret, de vers à soie ou d'oeufs est elle punie par la mort.
La soie devient progressivement une valeur d'échange. A l'image de l'or, la soie devient un étalon monétaire en Chine.
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Le commerce de la soie chinoise
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La soie est rapidement devenue un matériau de luxe apprécié par les civilisations étrangères. Son négoce marque la naissance du commerce mondial et date de bien avant l'ouverture officielle des routes de la soie par les chinois : les civilisations antiques (Egypte, Grèce puis Rome) commencèrent à parler des « Seres » (« Les soyeux ») pour qualifier les habitants de la Chine. La soie fut également à l'origine des premières ambassades. Alexandre le Grand créa des comptoirs grecs aux frontiêres de l'Empire chinois afin d'assurer son approvisionnement en soie.
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Les Routes de la Soie
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La route de la soie vers l'Ouest, reprenant l'itinéraire d'Alexandre le Grand, est officiellement ouverte par les Chinois à partir du IIème siècle.
La principale route part de Pékin pour contourner le désert du Taklamakan par le Sud ou par le Nord avant de traverser Pamir (Himalaya).
Les caravanes qui empruntent cette voie pour échanger la soie contre d'autres marchandises sont généralement constituées de 100 à 500 personnes et de chameaux (ou de yacks) portant plus de 100 kilos de marchandises.
Ces caravanes rejoignaient Antioche (actuellement en Turquie) et les côtes méditerranéennes en un an.
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Il existait une route secondaire au Sud passant par le Yunnan (Chine), la Birmanie puis l'Inde avant de rejoindre la route du Nord
Suite à la conquête de l'Egypte par Rome (30 avant JC), se met en place un commerce régulier entre les Romains et l'Asie. Les Romains sont si avides de cette matière que le Sénat Romain tente, en vain, de l'interdire. En effet, l'importation de soie provoque la « fuite » d'importantes quantités d'or à l'étranger et le port de cette matière passe pour un signe de décadence et d'immoralité.
La soie se diffusera ensuite aux peuples « barbares » via les conquêtes romaines.
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Diffusion de la production
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Bien que la soie fût connue depuis l'Antiquité en Europe, la Chine garde le quasi-monopole de la production.
En 300 av JC, suite à l'exil de réfugiés chinois, la sériciculture s'implante au Japon. Les techniques seront plus largement partagées à l'occasion d'échanges plus fréquents entre l'île et le continent au cours des VIIème et VIIIème siècles.
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Premières implantations occidentales
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Ce n'est qu'en 552 que l'empereur byzantin Justinien reçoit les premiers oeufs de vers à soie ramenés d'Asie centrale par des moines en mission (premier cas d'espionnage industriel). L'Eglise et l'Etat de Byzance créent alors des fabriques impériales afin de développer une production de soie dans l'Empire Romain d'Orient.
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Les Chinois perdent alors le monopole sur les textiles les moins évolués mais conservent une avance importante dans la confection de tissus de grande qualité qu'ils continuent à exporter massivement par les Routes de la Soie.
A cette même époque, les Perses, monopolisant déjà le négoce (important fils et étoffes de Chine) maîtrisent eux aussi la fabrication de la soie. Suite aux invasions arabes et à l'islamisation, les techniques d'élevage et de tissage se diffusent aux autres rivages méditerranéens.
Bien plus tard, avec les Croisades, les techniques de production s'étendent en Europe Occidentale. En 1147, un roi normand met à sac deux centres impériaux de production et « délocalise » les ouvriers en Sicile. La prise de Constantinople par les Croisés en 1204 mit un terme aux manufactures impériales byzantines.
A partir du XIIIéme siècle, se développe en Italie une production (après avoir fait venir 2000 ouvriers de Constantinople).
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La production française
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C'est l'arrivée des papes en Avignon en 1350 et leurs besoins en tissus de soie légers et au meilleur prix qui força l'introduction de tisserands italiens pour former les Provençaux à cet art difficile. C'est ainsi qu'une partie de la production passa aux mains de leurs voisins français. Les soies italiennes resteront longtemps prisées notamment pour l'ameublement et les tentures.
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En 1466, Louis XI décida de développer une production nationale séricicole. Il invita des artisans italiens et grecs à s'installer à Tours, qui comptera 8000 métiers à tisser en 1546, devenant ainsi un centre soyeux plus important que Lyon, Montpellier ou Paris. Bien que marginale, la production permettait de réduire quelque peu la « fuite » de capitaux que constituaient les importations de soies italiennes.
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En 1540, François Ier accorde le monopole de la production de soie à Lyon. La ville devint alors capitale européenne de la soie, réputées pour ses productions (notamment pour ses « façonnés »). La production se dégagea peu à peu de ses origines orientales pour développer un style propre, coloré et mettant particulièrement en avant des paysages. Des milliers d'ouvriers, les Canuts, se consacrent à cette industrie florissante qui faisait vivre à l'époque un tiers de la ville.
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Au XVIIIème et XIXème siècles, la sériciculture connut un large essor en vallée du Rhône, et ce, jusqu'à la Première Guerre Mondiale. Les plantations de mûriers, les opérations de filage et de traitement de la soie occupèrent de nombreuses personnes et offrirent un revenu d'appoint aux paysans.
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La Révolution Industrielle
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Les débuts de la Révolution Industrielle sont marqués par un essor de l'industrie textile, notamment par les progrès remarquables des techniques de filature. L'industrie de la soie ne bénéficia pas autant de ces progrès que d'autres fibres, la soie étant naturellement un fil
Néanmoins, les techniques de tissage évoluent, d'abord par les machines à cartes perforées de Bouchon et Falcon (perfectionnée par De Vaucanson) puis par leur synthèse, les machines Jacquard. C'est à partir de 1801 que ces dernières mécanisent entièrement le travail de tissage des étoffes brochées.
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Cette invention, dénoncée par les ouvriers tisserands comme destructrice d'emplois, provoquera la révolte de Canuts en 1831 et 1834.
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Le déclin de la soie européenne
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En 1845 apparurent les premières maladies du ver à soie dont la pébrine, la grasserie, la flacherie ou encore la muscardine. Puis ce fûrent aux mûriers d'être atteints par des virus à leur tour. Devant l'ampleur de l'épidémie et de ses conséquences, Pasteur se vit confier l'étude de ces phénomènes en 1865. A partir de 1870, des mesures adéquates permirent le recul de la maladie.
La production européenne se maintiendra quelques années avant d'amorcer une chute vertigineuse dûe au développement de la vigne, à l'éxode rural, la concurrence étrangère (facilitée par l'ouverture du canal de Suez) et l'apparition de fibres synthétiques.
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La France séricicole de 1844
(Seules les régions blanches sont non productrices)
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Malgré des tentatives de primes et lois d'encouragement en France en 1922, l'élevage sera totalement abandonné après la Seconde Guerre Mondiale. La dernière filature de soie française ferma ses portes en 1968 à St Jean du Gard.
Une expérience de relance de la sériciculture, avec réouverture d'une filature, a été menée dans les Cévennes dès la fin des années 70. Cela avait permis à l'époque la création d'une soixantaine d'élevages.
En 1986, un ultime projet, baptisé Eurochrysalide, avait été lancé par l'INRA et deux industriels soyeux (français et italien). Le projet avait pour but de créer un pôle technologique de la soie française (conservatoire de culture de mûriers, graines adaptées pour tous les pays du monde, filature industrielle). Le projet a capoté car trop ambitieux par rapport aux débouchés.
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La soie aujourd'hui
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Aujourd'hui, la production française de cocons n'est pas comptabilisée. Dans le reste du monde, il y a d'importants producteurs en terme de quantités mais pas toujours en qualité.
La Chine reste un des plus importants producteurs et s'oriente davantage vers la vente de produits finis que de matières premières. Les industriels français importent les fils chinois de premier choix ou des fils du Brésil (3ème producteur Mondial) depuis les délocalisations japonaises.
Bien que gros producteur, l'Inde se voit obligée de compléter sa production par des importations.
On constate un développement de l'artisanat de la soie dans les pays asiatiques et touristiques (Laos, Cambodge, etc.)
En France, on produit toujours des tissus de soie de haute qualilté mais à base de fil importé (350 tonnes de fil importées par an). Le fil est tissé mécaniquement avec des machines importées, elles aussi, du Japon.
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La soie demain
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Le ver à soie étant très sensibles aux produits phytosanitaires présents dans l'air (d'où dépôt sur les feuilles de mûrier et ingestion par le ver), la production de cocons est de plus en plus problématique. Le coût de production d'un kilo de cocon et de la main d'oeuvre pour sa transformation en font, en France, un produit hors compétition.
Grâce aux progrès de la science et aux modifications génétiques, il serait possible de faire produire d'autres protéines que la séricine au ver à soie (comme de l'insuline par exemple).
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SOURCES :
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Les illustrations BD sont tirées du « Secret volé » de Crozus.
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